Definition du fait social expliquée simplement aux débutants

Vous portez des vêtements au travail, vous saluez vos collègues le matin, vous parlez français avec votre entourage. Aucune loi ne vous oblige à faire tout cela de cette façon précise. Pourtant, vous le faites, comme la grande majorité des gens autour de vous. C’est exactement ce type de comportement collectif qu’Émile Durkheim appelle un fait social. Comprendre cette notion, c’est saisir le point de départ de la sociologie comme discipline scientifique.

Fait social : la définition de Durkheim en termes simples

Dans son ouvrage Les règles de la méthode sociologique, Durkheim définit le fait social comme toute manière de faire, de penser ou de sentir qui s’impose à l’individu de l’extérieur. Le mot-clé ici, c’est « s’impose ». Vous n’avez pas inventé la langue que vous parlez, ni les règles de politesse que vous suivez.

A lire également : Le prêt entre particuliers expliqué simplement et sans jargon

Ces comportements existaient avant vous. Ils continueront d’exister après vous. C’est ce que Durkheim appelle leur existence propre, indépendante de l’individu.

Prenons un exemple concret : la monnaie. Personne ne décide seul qu’un billet de banque a de la valeur. C’est la société tout entière qui lui accorde cette valeur, et vous êtes contraint de l’accepter pour acheter votre pain. La monnaie est un fait social parce qu’elle remplit les trois critères que Durkheim pose.

A lire également : Comprendre simplement la définition d'un acheteur persona

Trois critères pour reconnaître un fait social

Durkheim ne se contente pas d’une définition vague. Il identifie des caractéristiques précises qui permettent de distinguer un fait social d’un simple comportement individuel.

  • L’extériorité : le fait social existe en dehors de la conscience individuelle. La langue française, par exemple, n’a pas été créée par vous. Elle vous a été transmise par votre environnement familial et scolaire.
  • La contrainte : le fait social exerce une pression sur l’individu. Si vous refusez de parler la langue commune, vous serez exclu des échanges. Si vous ignorez les codes vestimentaires de votre milieu professionnel, vous subirez des remarques ou des sanctions informelles.
  • La généralité : le fait social se retrouve largement dans une société donnée. Ce n’est pas l’habitude d’une seule personne, mais un comportement partagé par un grand nombre de membres du groupe.

Ces trois critères fonctionnent ensemble. Un comportement qui serait extérieur mais pas général, ou général mais sans aucune contrainte, ne correspond pas à la définition stricte du fait social chez Durkheim.

Professeur de sociologie expliquant le concept de fait social devant un tableau noir dans une salle de cours universitaire

Exemples concrets de faits sociaux dans la vie quotidienne

Durkheim lui-même donne plusieurs exemples : les obligations liées au rôle de frère, d’époux ou de citoyen, les croyances religieuses, les pratiques professionnelles. Mais la notion va bien au-delà de ces cas historiques.

Vous avez déjà remarqué que tout le monde fait la queue au supermarché ? Personne ne vous y force physiquement. Aucun agent de sécurité ne vous menace. La file d’attente tient parce que l’ensemble des clients partagent une norme implicite : on attend son tour. Celui qui passe devant les autres provoque des réactions collectives, de la désapprobation au conflit ouvert.

La contrainte ne passe pas toujours par la loi

C’est un point que les débutants en sociologie confondent souvent. Un fait social ne se réduit pas aux règles écrites. Le droit est un fait social, certes. Mais les normes de politesse, les modes vestimentaires ou les habitudes alimentaires en sont aussi. Personne ne vous condamnera devant un tribunal parce que vous mangez avec les doigts dans un restaurant gastronomique. La sanction sera sociale : regards, malaise, exclusion silencieuse.

Ce type de contrainte informelle est parfois plus puissant que la loi elle-même. Durkheim le savait, et c’est pour cela qu’il inclut dans sa définition les manières de sentir et de penser, pas seulement les manières de faire.

Pourquoi le fait social reste un outil d’analyse en sociologie contemporaine

On pourrait croire que cette notion date et qu’elle ne sert plus. Ce serait une erreur. Le fait social reste le socle méthodologique de la sociologie, y compris dans les programmes universitaires actuels. Des formations en sciences sociales l’utilisent encore comme grille de lecture pour analyser des phénomènes contemporains.

Prenez les réseaux sociaux. Personne ne vous oblige à y être présent. Mais l’absence de profil en ligne peut vous exclure de cercles amicaux, professionnels ou informationnels. La pression est diffuse, non écrite, mais bien réelle. On retrouve exactement les trois critères de Durkheim : extériorité (le réseau existait avant votre inscription), contrainte (vous subissez des conséquences si vous n’y êtes pas) et généralité (la grande majorité de la population y participe).

Le fait social contre l’explication purement individuelle

L’apport de Durkheim, c’est d’avoir montré que certains comportements ne s’expliquent pas par la psychologie individuelle. Son étude sur le suicide en est l’illustration la plus connue. Il ne cherchait pas pourquoi une personne précise se suicidait. Il montrait que les taux de suicide variaient selon les groupes sociaux, les religions, les statuts matrimoniaux.

Le suicide, acte apparemment intime, devenait un fait social mesurable et analysable. Cette approche, que l’on qualifie parfois de holiste, considère que la société forme une réalité en soi, irréductible à la somme des individus qui la composent.

Jeune femme lisant un manuel de sociologie en bibliothèque, illustrant l'apprentissage du fait social pour débutants

Fait social et sciences sociales : ce que la définition change dans la pratique

Traiter les faits sociaux « comme des choses », selon la formule célèbre de Durkheim, signifie les observer de l’extérieur, les mesurer, les comparer. Cette exigence méthodologique a fondé la sociologie comme discipline scientifique à part entière, distincte de la philosophie ou de la psychologie.

Pour un débutant, retenir ceci suffit : un fait social se reconnaît à sa capacité à s’imposer aux individus sans qu’ils en aient toujours conscience. Vous ne choisissez pas librement toutes vos habitudes. Beaucoup d’entre elles vous ont été transmises par le milieu dans lequel vous avez grandi, et elles continuent de peser sur vos décisions quotidiennes.

La prochaine fois que vous vous surprenez à faire quelque chose « parce que tout le monde le fait », posez-vous la question : extériorité, contrainte, généralité. Si les trois critères sont réunis, vous êtes face à un fait social au sens de Durkheim.

D'autres articles sur le site