Depuis la crise financière de 2008, de nombreux ménages ont cherché à s’éloigner du système bancaire traditionnel. Dans l’idée d’une économie réelle plus juste, de plus en plus de gens veulent financer les projets des autres avec leurs économies, et vice versa. Le prêt d’argent entre les individus leur tend la main, c’est légal, réglementé par la loi, mais pas sans risques.
Circulation de la monnaie dans l’économie réelle
Ici, l’épargnant ne confie plus son argent à un organisme impersonnel. Il le prête directement à quelqu’un qu’il connaît, ou à une personne identifiée. Ce capital peut alors servir à plusieurs usages concrets :
- financer des travaux,
- combler un besoin de trésorerie,
- préparer un voyage ou un déplacement,
- acheter un véhicule, qu’il soit neuf ou d’occasion,
- acquérir des équipements pour la maison.
En choisissant cette voie, l’argent ne part pas s’évaporer dans les circuits opaques des marchés financiers. Il circule entre deux acteurs bien réels, pour soutenir un projet personnel, loin des logiques des multinationales obsédées par les délocalisations et les économies à tout prix.
Ce dispositif repose sur un cadre légal strict, conçu pour protéger à la fois le prêteur et l’emprunteur.
Règles du prêt d’argent entre particuliers
La loi autorise toute personne à prêter de l’argent à autrui, librement, à condition de ne pas dépasser le taux d’usure fixé par la Banque de France. Le montant, la durée, les modalités : tout se décide d’un commun accord, mais dans la limite imposée par la réglementation.
Le prêt peut se formaliser devant notaire, ou simplement entre particuliers, par écrit ou accord tacite. Néanmoins, il faut garder en tête qu’une promesse verbale ne permettra jamais de réclamer la somme en justice si l’emprunteur venait à faire défaut.
Pour officialiser ce type de transaction, deux solutions sont possibles :
- la reconnaissance de dette,
- le contrat écrit signé et daté par les deux parties.
La reconnaissance de dette peut être téléchargée sur le site de l’administration. Le prêteur garde l’original, l’emprunteur conserve une copie.
Le contrat de prêt, lui, doit être réalisé en double exemplaire. L’emprunteur doit y inscrire de sa main le montant prêté, en chiffres et en lettres. Si cette mention manque, le document n’a aucune valeur juridique.
Autre option : faire enregistrer l’acte chez un notaire ou auprès du service fiscal. Cette démarche rassure et protège, mais elle a un coût, souvent autour de 5 % du montant du prêt.
Il est indispensable d’avoir une preuve écrite et datée. Sans cela, impossible d’établir qu’il s’agissait bien d’un prêt, surtout si la transaction s’est faite en espèces. Même avec un chèque ou un virement, l’emprunteur pourra toujours affirmer qu’il s’agissait d’un don sans intérêt.
En pratique, quand aucun document ne vient étayer la transaction, les tribunaux considèrent généralement que l’argent a été donné. Résultat : l’emprunteur se retrouve à devoir payer des droits de donation.
Prêt entre particuliers : avantages et inconvénients
Pour une personne fichée à la Banque de France, le prêt entre particuliers peut représenter un recours inespéré. Les établissements de crédit traditionnels leur ferment la porte, mais rien n’empêche un particulier d’accepter de les aider.
Côté prêteur, les bénéfices restent limités, car le risque de ne jamais revoir son argent est bien réel. Prêter une petite somme peut sembler tentant, mais dans beaucoup de cas, placer son argent ailleurs, par exemple dans des parts de SIC, peut s’avérer plus sûr et potentiellement plus rentable.
Quant à l’emprunteur, il doit garder en tête qu’en cas de coup dur, aucune compagnie d’assurance n’acceptera de couvrir un prêt conclu entre particuliers. Perte d’emploi, accident, séparation : autant d’aléas qui, sans filet, peuvent vite devenir insurmontables.
Quel taux pour un prêt d’argent entre particuliers ?
Le taux appliqué entre deux individus ne peut jamais dépasser le taux d’usure fixé chaque trimestre par la Banque de France. Au deuxième trimestre 2020, pour un crédit à la consommation (prêt en espèces, sans justificatif), voici les seuils en vigueur :
- 3 000 € ou moins : 21,16 %
- de 3 000,01 € à 6 000 € : 10,52 %
- plus de 6 000,01 € : 5,55 %
Source : Banque de France. Cette page est actualisée tous les trois mois, à chaque nouvelle publication des taux. Une flèche indique l’évolution par rapport au trimestre précédent.
Le taux d’usure correspond à 30 % au-dessus du taux moyen constaté sur le marché. Pour couvrir le risque, un prêteur privé est souvent tenté de viser le maximum autorisé.
Pourtant, ce risque varie selon la situation de l’emprunteur : une personne en CDI, propriétaire, aura plus de facilité à rembourser, et pourra offrir en garantie un bien immobilier. Moins le dossier est risqué, plus le taux devrait être bas. Mais dans la réalité, une personne pressée, cherchant un crédit d’urgence, se retrouve souvent en position de faiblesse.
Escroqueries autour des prêts entre particuliers sur Internet
Quand les banques disent non, beaucoup se tournent vers Internet pour solliciter des particuliers. Mais cette démarche attire aussi des escrocs, prêts à tout pour profiter de la vulnérabilité des demandeurs.
Le scénario est toujours le même : sur des forums non modérés, de faux prêteurs se présentent comme des personnes bienveillantes, prêtes à aider. Rapidement, ils réclament une avance de fonds, sous prétexte de frais administratifs, avant même de verser le moindre euro.
La prudence s’impose donc : aucune plateforme de prêt entre particuliers n’existe aujourd’hui sur Internet. Où chercher alors ? Les seules solutions fiables passent par la famille, les amis, ou un notaire qui encadrera l’opération.
Se prêter de l’argent sans filet, c’est jouer à quitte ou double. Le prêt entre particuliers peut rendre service, mais il exige rigueur et vigilance à chaque étape. Avant de confier ses économies ou de solliciter un proche, mieux vaut aligner ses preuves et verrouiller ses accords. La confiance n’exclut pas la prudence, surtout quand il s’agit d’argent.

