On n’affiche plus la mention “gender fluid” en vitrine, et pourtant, les vêtements qui jouent la carte du neutre s’imposent partout en 2025. Sur les portants, dans les rayons, les coupes et tailles uniques s’installent sans éclat de trompette. Certaines enseignes font disparaître les cloisons entre “homme” et “femme”, d’autres préfèrent garder la façade tout en introduisant des coupes universelles. Les stratégies divergent, mais la frontière se brouille chaque saison un peu plus.
Face à ces changements, des designers indépendants assument une position politique claire : pour eux, la neutralité du vêtement n’est pas un simple argument de vente, mais une revendication. Une posture qui contraste nettement avec la communication léchée et prudente des grandes maisons. Cette évolution soulève des débats : sincérité des marques, marketing opportuniste, légitimité des voix… Rien n’est figé, tout se discute, et la mode, une fois de plus, devient un espace de confrontation.
Vêtements gender fluid : de quoi parle-t-on vraiment en 2025 ?
La mode sans genre, parfois appelée gender fluid, genderless ou unisexe, ne se contente plus d’être une niche ou une anecdote. Elle façonne la structure même du secteur, impose de nouvelles règles du jeu. À Paris, Milan, Londres ou New York, les Fashion Weeks se transforment : les défilés mixtes deviennent la règle, les collections mélangent les influences, brouillant à dessein la ligne entre masculin et féminin. Le British Fashion Council, en ouvrant sa programmation à ces collections dès 2023, a initié un mouvement repris à grande échelle en 2025.
Les mots changent, les principes restent : le gender fluid ne se limite pas à l’absence d’étiquette. Il s’agit de refuser toute assignation, de jouer avec les formes, les matières, les tailles. Cette dynamique s’incarne dans les tendances les plus marquantes de l’année, où grandes maisons et jeunes créateurs réinventent ensemble la silhouette contemporaine.
Trois tendances majeures marquent le paysage :
- Défilés où chaque identité trouve sa place, sans sélection binaire
- Collections capsules qui brouillent délibérément les repères habituels
- Silhouettes hybrides, conçues pour échapper à l’archétype
Le genderless n’est plus un phénomène passager. Il modifie les habitudes, redistribue le pouvoir entre prescripteurs, secoue l’industrie face à ses contradictions. Les consommateurs poussent les marques à sortir de leur zone de confort, tandis que de nouveaux acteurs imposent leur vision, plus inclusive et inventive.
Pourquoi la mode non binaire séduit-elle une nouvelle génération ?
La mode non binaire séduit car elle correspond à un désir d’alignement entre l’apparence, les convictions et l’identité. Génération Z et millennials se saisissent des codes de la mode non genrée pour exprimer leur individualité, mais aussi pour soutenir une vision plus inclusive du monde. Le vêtement sort du registre décoratif ; il devient manifeste, parfois même outil de contestation contre les normes binaires. Les labels qui misent sur l’éthique et la diversité savent toucher cette sensibilité nouvelle.
Ce mouvement se manifeste dans la distribution comme dans la création. Selfridges a ouvert un rayon Agender, le Bon Marché mise sur un espace dédié, et à Florence, la plateforme Pitti Uomo a intégré un corner Open pour la mode unisexe. Les grandes chaînes suivent : H&M lance des gammes gender neutral, ASOS multiplie les collections inclusives, tandis qu’Aerie investit dans des campagnes body positive.
Mais la mutation ne s’arrête pas au marketing. Les réseaux sociaux jouent un rôle clé, propulsant des identités multiples sur le devant de la scène, et valorisant de nouveaux modèles, loin des standards figés. Toutefois, la diversité corporelle, notamment pour les mannequins masculins grande taille, reste encore sous-représentée. Les plus jeunes consommateurs réclament des avancées concrètes, veulent voir leur réalité reflétée dans l’offre. Les labels émergents l’ont compris, et contribuent à dessiner les contours d’une mode non binaire réellement renouvelée.
Styles, matières et inspirations : ce qui façonne la tendance gender fluid aujourd’hui
En 2025, le vestiaire gender fluid s’éloigne du minimalisme passé. Place aux volumes marqués, aux couleurs franches et aux silhouettes spectaculaires, comme en témoignent les créations de Robert Wun ou l’énergie chromatique de Botter. Chaque vêtement raconte une histoire, porte une intention. Les créateurs s’emparent de leur art pour affirmer une vision, transformer chaque pièce en manifeste identitaire.
Les matières font écho à ce renversement : textiles techniques, fibres recyclées, jersey fluide, denim travaillé, organza translucide. La durabilité s’impose grâce à des marques telles que Marine Serre ou Régénérée, qui questionnent le rôle du vêtement dans la société. On privilégie la réutilisation, la valorisation de l’existant, l’upcycling plutôt que la recherche du neuf à tout prix.
Les accessoires, eux aussi, participent à cette grammaire nouvelle. Sacs, chaussures ou bijoux sculpturaux se transforment en points d’ancrage visuel, invitant à la conversation et à l’affirmation de soi.
Les sources d’inspiration foisonnent, alimentées par les micro-tendances et l’influence des communautés en ligne. L’esthétique ballroom, l’esprit rave, le mélange d’influences pop et classiques : tout s’entrecroise. Du grand luxe à l’artisanat, de Gucci à Martine Rose, chaque acteur contribue à cette effervescence où l’individualité et la diversité culturelle dictent le tempo.
Au-delà du vêtement : quels impacts sur l’expression de genre et la société ?
Le vêtement gender fluid dépasse largement la question de l’apparence. Il devient outil d’affirmation et de transformation sociale. Judith Butler l’a analysé : le genre se construit, se performe, s’invente au quotidien. Sur les défilés, mais aussi dans la rue, les corps échappent aux cases, les identités se révèlent, les repères se déplacent. La mode sans genre s’érige en nouveau langage, capable de déconstruire les anciennes certitudes et d’ouvrir la voie à d’autres façons d’exister.
Les travaux d’Alice Pfeiffer et Damien Delille montrent que le vêtement genderless va bien au-delà du style. Il rassemble, crée du collectif, porte des valeurs. Pour de nombreux jeunes, qu’ils soient transgenres, androgynes ou simplement réfractaires au binaire, ces vêtements offrent une manière de se sentir à sa place. La mode devient alors un espace de liberté, d’expression, parfois même d’engagement.
Voici quelques effets concrets observés dans la société :
- La liberté vestimentaire contribue à diminuer la dysphorie de genre
- Les communautés se soudent autour de références partagées et d’un sentiment d’appartenance renouvelé
- Les identités non binaires gagnent en visibilité dans l’espace public
Les conséquences touchent aussi à la santé mentale. Choisir des vêtements en accord avec sa propre identité, c’est se protéger des injonctions normatives, c’est affirmer son droit à l’existence. Par le biais de la mode, la société apprend à accueillir une pluralité d’expressions de genre. Et si c’était là la vraie révolution, celle qui commence dans un miroir, mais ne s’arrête pas là ?


